Ce blog est le support de la "recherche action" menée par la Fédération nationale de l'agriculture biologique depuis 2011, par et pour les paysans bio, pour penser et proposer les modèles conceptuels d'une "nouvelle économie de l'AB" en action.

mardi 18 mars 2014



Changement d’échelle de la bio : 
la coopération en débat
le 26 mars de 16h45 à 19h30 à Marseille


Au cœur de la nouvelle économie bio, il y a la « coopération » entre les producteurs et les parties prenantes (aval, pouvoirs publics, consommateurs). Cette coopération prend des formes très diversifiées selon les territoires, les filières, les acteurs. Elle interroge la gouvernance au sein des structures que ce soient des organisations de producteurs bio, des coopératives ayant développées une activité bio à côté de leur activité conventionnelle ou encore des structures innovantes de coopération associant plusieurs types d’acteurs.
Autour de témoignages variés ce colloque interroge les formes de coopérations. Dans quelles conditions sont-elles à même d’accompagner le développement d’une agriculture biologique durable ? Quel type de gouvernance peut garantir un équilibre entre les impératifs économiques et un projet éthique solidaire et durable ? Quant aux coopératives mixtes, peuvent-elles concilier ce développement de la bio sans conflit d’intérêt avec leur activité conventionnelle ?  Quel rôle pour le réseau de la FNAB ? Quel rôle pour les pouvoirs publics ? 

Le programme du colloque  Colloque AG FNAB 2014

vendredi 7 mars 2014

L'économie bio innove  : entre concept et réalité

Conférence débat, le 13 mars à bordeaux

Le travail de recherche-action sur l’organisation économique va être présenté le 13 mars à Bordeaux. Un colloque débat clôturant l’AG de Bio d’Aquitaine est consacré à la nouvelle économie bio.

Ce concept permet de mettre en lumière les expériences et pratiques déployées par les organisations économiques de producteurs bio pour accompagner le développement de la bio et contribuer à une économie relocalisée, solidaire et durable.
Grâce aux témoignages d’acteurs de la France entière, Bio d’Aquitaine vous invite à venir échanger et imaginer le devenir de cette Nouvelle Economie Bio en Aquitaine : quels rôles ? Quels liens ? Quelle place pour chacun ?

Programme et informations pratiques ici

mercredi 5 février 2014

26 mars 2014: colloque national « Changement d'échelle de l'AB: La coopération en débat »


26 mars 2014, 16h45-19h30, Marseille dans le cadre de l'Assemblée générale de la FNAB Amphithéâtre MPM – Le Pharo 58 Bd Charles Livon  Marseille
>> inscription à faire auprès de l'accueil de la FNAB accueil((at))fnab.org

Contexte
Le développement quantitatif de la bio est un objectif de politiques publiques et un enjeu politique fort. Après les objectifs du Grenelle de l’environnement (20% de bio en 2020), le programme Ambition bio 2017 a voulu se donner un horizon plus « réaliste » de 8% de la SAU en bio d’ici la fin du mandat alors que la France compte aujourd’hui 4% de sa surface agricole en bio. Certaines régions affichent des objectifs plus ambitieux encore.
Dès 2011, l’Assemblée générale de la FNAB a débattu des conditions qualitatives de ce développement de la filière bio au regard des opportunités et risques du changement d’échelle. Cette réflexion a débouché sur une « recherche action » menée avec des producteurs et des chercheurs pour une « nouvelle économie bio » relocalisée, solidaire, équitable et surtout durable.
Au cœur de cette nouvelle économie bio, il y a la « coopération » entre les producteurs et les parties prenantes (aval, pouvoirs publics, consommateurs). Cette coopération prend des formes très diversifiées selon les territoires, les filières, les acteurs. Elle est au cœur, en particulier, des organisations économiques de producteurs bio (OEPB).
 
Enjeux
Dans des régions comptant déjà plus de 10% de leur SAU en bio, des milliers de producteurs bio (Paca, Rhône Alpes, Languedoc Roussillon, Midi Pyrénées, Aquitaine…), le développement de la bio s'est beaucoup appuyé sur la commercialisation en vente directe et circuits courts. En filière longue, l’organisation économique passe par les formes  « conventionnelles » de la coopération agricole.
Les coopératives s’affichent comme « solidaires, performantes et innovantes » avec de fortes valeurs sociales dues à la spécificité de leur capitalisme coopératif et d’une gouvernance ancrée dans les territoires. Elles ont développé des activités bio avec souvent des outils de transformations spécifiques. Si elles affichent leur « professionnalisme » parfois en dénigrant les « écolos et soixante-huitards de la bio », représentent-elles pour autant une solution fiable au changement d’échelle de la bio ?  Pourquoi le modèle intégré de la coopération agricole est-il encore perçu par de nombreux paysans bio comme une perte d’autonomie et un facteur de risque de dégradation des principes fondamentaux des pratiques agrobiologistes ? Ces craintes sont-elles justifiées ?
 
Déroulement
 
Interventions de représentants de coopératives agricoles bio et mixtes dans le domaine des Fruits et Légumes, de la viande. Débat avec une représentante de Coop de France. Présence des « FRALIB » et présentation de leur projet de coopération ouvrière dans le cadre d’une filière bio PPAM.
 
Débat avec la salle. Conclusion d’un grand témoin, Claire Lamine, sociologue à l’INRA.

dimanche 8 décembre 2013

les biens communs et l'économie sociale et solidaire


dec. 2013 un sujet en lien avec les débats de la recherche - action, vu sur le site de la RECMA

Une très intéressante journée sur l’économie sociale et solidaire a été organisée à Lille le 21 novembre dernier, avec des chercheurs, des étudiants, des élus et des acteurs régionaux et nationaux de l’ESS. Une table ronde portait sur l’éventualité de mettre la notion de biens communs au service de l’ESS et de ses réflexions sur sa propre « utilité sociale ». Jean Gadrey résume sa communication  (version longue)
Je pense en effet que cette notion de biens communs, encore peu connue en dehors de certains réseaux militants, peut « servir » l’ESS, en me gardant toutefois d’en faire la panacée. Je m’appuierai essentiellement sur des travaux collectifs engagés dans cette région, le Nord Pas de Calais, depuis plusieurs années, avec des acteurs très divers, parmi lesquels des chercheurs, dont Laurent Cordonnier qui a eu un rôle important.

Ma courte présentation a deux parties. D’abord, les biens communs (I), puis l’ESS, l’utilité sociale et les biens communs (II).

I. LES BIENS COMMUNS, essai de caractérisation en cinq points
1) Les biens communs désignent des qualités (j’insiste : on est dans une socio-économie de la qualité) de ressources ou patrimoines collectifs jugés fondamentaux, aujourd’hui et pour le futur (biens communs naturels, cultures populaires, connaissances…) et, par extension, des qualités sociétales et des droits universels car ce sont également des ressources collectives dont la qualité doit être gérée en commun (l’égalité des femmes et des hommes dans de nombreux domaines, la sécurité professionnelle des travailleurs, la santé publique…).
2) La qualification d’un enjeu comme bien commun n’a rien de naturel. Les biens communs sont des construits sociaux. Ils doivent être institués. Et c’est un combat, qui met en cause des régimes de propriété, d’appropriation et de responsabilité.
Les biens communs envisageables sont certes très hétérogènes et très nombreux à première vue. Mais leur mobilisation devient plus circonscrite et plus gérable dans des projets précis. Si par exemple on se pose la question, sur un territoire, de la conversion écologique et sociale de l’agriculture, ou de celle des logements, alors les acteurs concernés pourront aller plus vite à l’essentiel et identifier, après débat, un nombre limité de biens communs à préserver, instituer et gérer. Il en ira de même pour un projet associatif (partie II).
3) L’appellation de biens communs contient à la fois l’exigence d’intérêt commun, d’accessibilité pour tous, et l’idée que la gestion des biens communs est « commune », qu’elle passe par la coopération d’acteurs multiples. L’adjectif « public » tend à renvoyer à « pouvoirs publics ». L’adjectif « commun » renvoie à un pouvoir mis en commun. Voir l’annexe de la version longue de ce billet.
4) Les biens communs ne s’opposent pas aux biens privés. L’objectif par exemple d’une transition écologique et sociale bien menée devrait être non seulement de prendre soin de biens communs en tant que tels, comme la qualité de l’eau, de l’air, de la biodiversité ou de la protection sociale, mais surtout d’enrichir la production des biens privés en biens communs écologiques et sociaux via notamment des normes plus exigeantes (haute qualité sociale et environnementale).
Il s’agit même probablement de ce qui importe le plus pour l’emploi conçu comme un droit, autre bien commun. Car enrichir toutes les productions en biens communs, c’est-à-dire produire « plus propre, plus vert et plus social », exige en général plus de travail à quantités identiques que de prolonger les tendances productivistes actuelles, destructrices justement de biens communs.
5) Avec les biens communs comme qualités d’ordre collectif, on n’est plus dans une économie traditionnelle de « production », mais dans une économie du « prendre soin », y compris comme condition de la production de biens privés.
- PRENDRE SOIN DES PERSONNES et du travail ;
- PRENDRE SOIN DU LIEN SOCIAL et de droits universels ;
- PRENDRE SOIN DES CHOSES et des objets ;
- PRENDRE SOIN DE LA NATURE ;
- PRENDRE SOIN DE LA DÉMOCRATIE. C’est peut-être le premier des biens communs, ou le plus transversal.

II. ESS, UTILITÉ SOCIALE ET BIENS COMMUNS
 Je peux en venir à l’ESS et à la façon actuelle de réfléchir à ses propres projets en termes d’utilité sociale et écologique, des termes que je ne propose nullement d’abandonner, bien au contraire, on en a besoin, mais que l’on pourrait compléter et consolider.
 L’utilité sociale d’une organisation de l’ESS désigne, au-delà d’objectifs éventuels de production de biens et de services destinés à des usagers individuels, sa contribution à des objectifs collectifs (ou « bénéfices collectifs ») tels que :
- la réduction des inégalités et de l’exclusion ;
- le renforcement de la solidarité, du global au local, et la sociabilité ;
- l’amélioration des conditions collectives du développement humain durable (dont font partie l’éducation, la santé, la culture, l’environnement, et la démocratie).
On peut y ajouter les qualités démocratiques du mode de fonctionnement interne des associations, lorsqu’elles sont respectées, car elles ont un certain potentiel de diffusion et d’attraction, surtout dans une période de crise profonde de la démocratie.
De toute évidence, les bénéfices collectifs inclus dans la définition de l’utilité sociale ont beaucoup à voir avec des biens communs : c’est toute la collectivité concernée qui bénéficie de leur qualité, et c’est la délibération qui les institue comme bénéfices collectifs reconnus.
Ce qui peut subsister de différence dans les faits réside dans cette caractéristique centrale des biens communs : ils sont gérés en commun, par la coopération de parties prenantes diverses. Est-ce toujours le cas des bénéfices collectifs « produits » par les organisations de l’ESS ?
Dans les faits, il me semble que, dans l’état actuel des choses, certains de ces bénéfices collectifs de l’ESS ressemblent plus à des biens publics classiques qu’à des biens communs (voir l’annexe de la version longue de ce texte). C’est en particulier le cas lorsque des organisations de l’ESS deviennent des sous-traitantes de l’action sociale publique, ce qui est légitime et produit des résultats collectifs appréciables, mais sans introduire nécessairement dans leur gestion interne et surtout externe un degré de coparticipation suffisant pour que l’on puisse parler de biens communs issus de la coopération. C’est aussi le cas lorsque les bénéficiaires d’actions associatives deviennent des « destinataires » ou des « publics » dont les capacités d’intervention autonome sont peu sollicitées. 
Le fait de penser l’utilité sociale en termes de biens communs nous invite à renforcer, dans l’ESS elle-même, le modèle coopératif dont elle est issue, non seulement en interne, mais également en externe, en s’appuyant sur les capacités autonomes de ses parties prenantes à « coproduire » et cogérer cette utilité sociale. C’est déjà le cas dans une partie de l’ESS, mais, dans d’autres cas, c’est une stratégie en partie nouvelle de partage des responsabilités et donc du pouvoir de décision.

mardi 15 octobre 2013

Quel développement pour les filières bio?

Débat du salon "La terre est notre métier" le 11 octobre 2013, un événement du réseau FNAB

Avec Christophe Baron (Président de Biolait), Alain Delangle (secrétaire national Fnab), Jean-Jacques Le Bris (président section biologique du CERAFEL), Delphine Stroh (Carrefour développement durable ) et Guy Le Goec (Carrefour Cesson Sévigné), Jean-Paul Kerjean (Biocoop)


vendredi 4 octobre 2013

changer d'échelle?

un article d'Hugues Sibille sur le sujet du changement d'échelle de l'ESS: ici

une action publique capable de reconnaitre le bien commun à partir des intérêts privés?

Le projet de la "nouvelle économie bio" (termes en débat) est celui de l'organisation économique de producteurs qui cherchent à dépasser leurs intérêts privés pour celui, collectif, de la profession d'agrobiologiste et celui, général, de sujets de bien commun (territoires, environnement, alimentation etc.). De fait, ce projet croise la sphère des politiques publiques et des dispositions qu'elle peut prendre pour soutenir l'action des acteurs de terrain. On peut ainsi mettre en perspective les futurs GIEE (groupements d'intérêts économiques et environnementaux) reconnus dans la future loi d'avenir de l'agriculture et actuellement débattus au ministère de l'agriculture.

En quoi les producteurs bio sont concernés par cette action? en quoi renforcerait-elle le projet de la nouvelle économie bio? en quoi représente t-elle une action publique à la hauteur des enjeux de la transition écologique des pratiques agricoles qu'elle est censée faire advenir?

Sans entrer dans les détails de ce dispositif somme toute très simple (des paysans se regroupent dans un projet de double performance économique et environnementale labellisé par l'Etat et ouvrant droit à des bonifications d'aides et un conseil ad hoc), nous pouvons relever qu'il procède d'une volonté de déblocage du cadre institutionnel agricole sur ces sujets à partir de la volonté générale exprimés par des acteurs de terrain, pourtant acteurs économiques censés maximiser leurs intérêts personnels.

Cet exemple  fait largement écho à l'analyse du sociologue Bruno Latour (ci-dessus) sur le besoin d'une "modernité renouvelée" de l'action publique en France. Citation: "Les Français ont, chevillée au corps, cette idée que l'Etat est la sphère à l'intérieur de laquelle tout doit ou peut se régler. Cela n'est pas forcément faux. Mais alors il faudrait équiper l'Etat pour qu'il puisse expérimenter et produire la volonté générale, et non qu'il se contente de la présupposer. Si on prétend connaître à l'avance la différence entre les intérêts privés et le bien public, on n'arrivera à rien. Cette différence, il faut l'explorer, et c'est affreusement difficile".

Les GIEE devraient bien représenter cet "instrument de palpation de la volonté générale" dont l'Etat se dote pour penser et organiser la mobilisation des acteurs dans la transition écologique. Pourront-ils être instruits et relayés au sein de l'Etat et des instances de co-gestion existantes en gardant cet objectif de transition?

Bruno Latour, sur un plan plus général, s'interroge sur le décalage entre la gravité des problèmes environnementaux  et la prise de conscience publique de ces questions: "En France s'était créée une association merveilleuse entre la confiance dans la science, l'esprit républicain et l'idée de modernisation. le sentiment général qui prévaut est donc que "ça va s'arranger et que, de toute manière, on n'a pas d'autre modèle"."

L'exercice "affreusement difficile" de produire du bien commun à partir d'intérêts privés dépend donc d'un nouveau paradigme d'action publique associant nouveaux acteurs (dont la société civile) et nouvelles procédures (dont moyens de l'expérimentation et moyens de l'accompagnement par les sciences sociales). C'est bien, par analogie, le but de cette recherche action avec les producteurs bio. Espérons que le cadre des futurs GIEE laissera la place à cette "modernité retrouvée" qu'appelle de ses voeux le sociologue dans l'organisation de l'Etat face à la situation révolutionnaire de traiter l'urgence écologique.
julien Adda