Ce blog est le support de la "recherche action" menée par la Fédération nationale de l'agriculture biologique depuis 2011, par et pour les paysans bio, pour penser et proposer les modèles conceptuels d'une "nouvelle économie de l'AB" en action.

mardi 2 février 2016

Agriculture et rémunération des aménités, la bio sur une "ligne de crête"?

Le Conseil d'analyse économique (CAE) vient de publier une note (décembre 2015) intitulée "l'agriculture française à l'heure des choix". A partir d'un constat très clair, en résonance avec la crise actuelle, les auteurs plaident pour faire de la préservation du capital naturel un axe central de la politique agricole : "cibler plus directement la performance environnementale en remplaçant les aides indifférenciées et l’éco-conditionnalité par une rémunération des aménités, qui pourrait être différenciée géographiquement."

Ce renversement de paradigme pour la politique agricole s'exprime depuis le milieu des années 2000 au moins , il est porté notamment par un regroupement d'économistes européens en 2013 au moment de la négociation de la PAC actuelle (2014-2020).

On y retrouve par exemple la position d'un des auteurs de la note du CAE, Jean-Christophe Bureau qui avait publié en 2008 pour l’organisation Notre Europe, une position prospective ambitieuse centrée sur l'idée que les fonds publics doivent financer des biens publics. Cette vision d'économique publique de la PAC rejoint un certain nombre de mobilisations sectorielles (dont celle des acteurs de la bio) ou sociétales (ONG etc.) d'actualité. A la demande du sénateur Joël Labbé, une lettre de mission du ministre de l'agriculture de la fin janvier 2016 appelle l'INRA et l'ITAB à collaborer pour travailler sur les ressources mobilisables ou à mobiliser pour objectiver ces aménités de la bio, et envisager ainsi leur rémunération publique. Certaines voix s’élèvent pourtant pour mettre en garde contre une vision économiciste qui monétariserait la production des biens communs dans une vision de marché difficilement contrôlable.

Le capital naturel pour préserver la compétitivité de l'appareil de production agricole

Les auteurs de la note du CAE considèrent que pour l'avenir de la compétitivité, "la politique agricole française doit se préoccuper davantage de préserver son potentiel de production. dans une optique de long terme, c'est la dégradation du capital naturel qui nous semble la plus alarmante." (p.9). Ils récusent ainsi toute idée de "pause environnementale" réclamée par la profession agricole l'été 2015 et encore récemment par la voix de la branche céréalière (ORAMA). Pas étonnant dès lors de constater avec eux que ce changement de paradigme ("ce sont les aménités qui doivent être rémunérées et pas les agriculteurs") bénéficierait aux plus petites fermes justifiant notamment de productions extensives et riches en emploi. Dans un premier temps, les aides du 2ème pilier devraient être ciblées sur le paiement des services "verts" et "bleus" (dont la gestion de l'eau)et, à plus long terme, les aides du 1er pilier pourraient être remplacées elles aussi par les paiements pour services environnementaux. Alors, l'agriculture biologique partout? Les auteurs - dans une vision économique de la compétitivité "coûts" - se distinguent nettement des approches environnementalistes en se positionnant pour "l'innovation" du numérique et des biotechnonologies, dans la logique notamment du récent rapport sur l'innovation commandé par le ministre de l'agriculture (Agriculture-Innovation 2015). On est bien là dans une vision mondialisée de l’agriculture où la compétitivité française, si elle ne peut plus jouer sur les surfaces et les intrants, se singularise par sa haute technologie (un marché en soi: brevets, recherche et développement, robots etc.).

Ce concept économique d'externalité, inscrit dans la science économique dominante, est aujourd'hui largement repris et utilisé par les défenseurs de l'environnement. On peut ainsi citer une conférence sur le vrai coût de l'alimentaire aux Etats-Unis mi-avril 2016 qui travaillera précisément sur les externalités du système agro-alimentaire. Aujourd'hui, commente Patrick Holden pour la fondation organisatrice (et éleveur bio), malgré les très nombreuses voix qui appellent le changement, il semble pour le milieux des affaires qu'il soit préférable de ne rien changer. On ne s'étonnera donc pas de retrouver les concepts de la science économique environnementale au cœur de la conférence (Policy, economic, regulatory, risk-based investment and market mechanisms for enabling change).

Un marché enfin efficient? Limites des externalités et enjeu de gouvernance des biens communs

Dans un récent article pour l'Institut Veblen, Christophe Alliot, rappelle l'enjeu de ces approches sur les externalités : "Les critiques concernent en premier lieu le postulat qui sous-tend ces initiatives (...) et qui présente les externalités comme de simples défaillances du système économique : il suffirait de les réintégrer dans la sphère économique pour que tout rentre dans l’ordre." Il souligne que des dégradations irréversibles sont par nature difficilement compensables et que les calculs des externalités négatives et positives peuvent parfois dire une chose et son contraire (cf. les contentieux sur le chiffrage du projet d'aéroport de Notre Dame des Landes). Nous savons en effet qu’être en bio sur une zone de captage prioritaire peut éviter jusqu’à 2 000 € à l’hectare en coûts de dépollution pour la collectivité, mais au-delà de ces zones, comment peut-on objectiver ces aménités sur les sols, l’air, la biodiversité, etc. ? Le travail de l'INRA et de l'ITAB devrait apporter de nouvelles réponses dans les mois qui viennent, seront-elles suffisantes?

La FNAB avait d'ailleurs entendu, dans sa recherche action sur la "nouvelle économie bio" en 2012, Julien Milanési, économiste critique sur cette notion (voir ci-dessous). Il reprend l'argument de la difficulté de mesure des externalités et de leur monétarisation qui le rendrait inopéralisable. Le risque est fort, selon lui, que les solutions issues du concept (monétarisation des techniques etc.) viennent contredire les valeurs défendues (l'environnement comme bien commun non marchandisables).



Devrions-nous abandonner la réflexion sur les externalités au risque  d'un déni des "vrais coûts" de notre système agro-alimentaire par exemple? et donc de l'alternative que représente la bio sur une large échelle?

Christophe Alliot préfère s'en référer au concept de "coûts sociétaux" de l'allemand Kapp en ce qu'il explique explique "que les coûts sociétaux ne sont pas des « défaillances ponctuelles » mais des effets inhérents à notre système économique." La démonstration a ainsi été faite d'une manière comparative sur la filière laitière conventionnelle, montrant "que pour générer un euro de chiffre d’affaires, la filière lait engendre 0,28 euros de coûts sociétaux (0,18 pour la filière bio et 0,10 les filières d’appellation d’origine contrôlée). " (voir sur le site du Basic, cf. post précédent). Au final, Christophe Alliot et l'institut Veblen en appelle à une démarche citoyenne et démocratique de mesure des "couts sociétaux": "Nous souhaitons désormais co-construire avec d’autres partenaires issus de la société civile un observatoire des coûts sociétaux, dont l’objectif serait de tracer collectivement une ligne de crête, entre le refus de comptabiliser les coûts liés aux impacts environnementaux et sociaux, et la monétarisation à tout crin et de toutes choses."

Pour Julien Milanésy, ce concept a tout de même une pertinence pour la bio dès lors que l'on pense les "interdépendances non marchandes" pour la ferme bio par exemple, avec l'environnement, avec la société, à partir de ressources considérées comme des "communs". En finir avec la "virtuosité calculatoire", mais se placer dans une logique de construction institutionnelle de ces biens communs. On en mesure en effet toute la force dans le cadre du dialogue territorial expérimenté par les élus sur les expérimentations de site à enjeux "eau" travaillées par le réseau FNAB. On est bien là sur des projets alimentaires territorialisés qui considèrent l'alimentation, le système de production, les ressources naturelles comme "communs" (voir le document ci-contre: "L’agriculture biologique, de la plus-value économique à un projet de territoire d’intérêt général").

On retrouve la conclusion des auteurs de "Commun" (La découverte, 2014), Pierre Dardot et Christian Laval, qui soulignent qu'on ne peut s'en remettre à la seule "spontanéité créatrice de la société", et qu'il faut considérer que "le commun est une construction politique, mieux : une institution de la politique à l'heure des dangers qui menacent l'humanité."

Il est bien question de démocratie, de règles de justice que les sociétés se donnent et auxquelles elles consentent. On voit bien aujourd'hui que ces régimes de légalité (normes environnementales en particulier, projets d'aménagement) sont bien au cœur de la contestation de l'action publique en matière agri-environnementale, qu'elle soit dans la limitation de la pression sur l'environnement (ex. mise en œuvre du plan Ecophyto 2) ou, à l'inverse, de la priorité donnée à l'activité économique industrielle (Notre Dame des Landes). Pour que les choses changent vraiment, il semble évident que ce basculement de paradigme dans la façon de compter ce qui compte aille de pair avec un "révolution" dans l'ordre du politique qui concerne autant les Etats, les pouvoirs publics que les citoyens engagés. En tant qu'acteurs économiques inscrits dans un marché agro-alimentaire aux enjeux de politiques redistributives énormes et acteurs citoyens impliqués dans la construction d'un autre projet de société, les producteurs bio organisés sont bien sur cette "ligne de crête" de la problématique des externalités.


vendredi 22 janvier 2016

L’histoire de Marguerite, ou les externalités de la filière lait en France

 L’histoire de Marguerite, ou les externalités de la filière lait en France

L’histoire de Marguerite, ou les externalités de la filière lait en France Quelles sont les problématiques clés, sociales comme environnementales, liées au modèle intensif de la filière lait ?
Quelles sont les retombées de la concentration observée depuis 50 ans ?
Dans quelle mesure ce phénomène joue-t-il sur la pérennité de la filière?
Quelles sont les alternatives existantes ?
En quoi dessinent-elles un chemin différent ?…

Cette méta étude menée par Le BASIC consolide les résultats issus de plus d’une centaine de rapports et d’études publiés par les ministères français de l’Agriculture et de l’Ecologie, des centres de recherche (en particulier l’INRA et l’Institut de l’Elevage), des universitaires, d’organisations de la société civile…
Elle ne prétend ni à l’exhaustivité ni à la précision des calculs, mais vise à fournir une vision d’ensemble de la filière lait française et un premier ordre de grandeur de l’ampleur de ses impacts sociaux, sanitaires et environnementaux : 7 Milliards d’Euro d’externalités pour 25 Milliards d’Euro de volume d’activité.
Ainsi, l’échelle des externalités de cette filière (7 / 25) est du même ordre de grandeur que celle du montant de la TVA sur les produits finis.
La réduction potentielles de ces externalités grâce à des modes de production plus responsables (2,5 à 4,5 au lieu de 7 comme le montre l’étude) pourrait s’accompagner d’une modulation de cette TVA de l’ordre de 50%.

vu sur http://www.fondation-2019.fr/2014/07/lhistoire-de-marguerite-ou-les-externalites-de-la-filiere-lait-en-france/ 

mercredi 16 décembre 2015

Vive la stratégie érotique mondiale!

11 décembre 2015. Table ronde introductive de la journée de réflexion et d'échanges sur la thématique du prix, organisée par la Plate-Forme Française pour le Commerce Equitable (PFCE), avec la collaboration de la FNAB, le réseau Inpact et FairNESS (réseau de chercheurs francophones sur le CE).

D'abord la philosophie. Patrick Viveret, a ouvert cette journée pour nous faire entrer en résistance contre la novlangue de l'economisme. La richesse, c'est ce qui compte; la valeur c'est la force de vie. Le prix doit être entendu au-delà de la valeur monétaire comme une relation interculturelle où les parties qui échangent se posent la question de ce qui est constitutif de ce prix.

Patrick Viveret

Jean-Claude Balbot, paysan et représentant du reseau Inpact, illustre bien la dimension purement sociale du prix quand il témoigne de son parcours "d'action recherche"  en 40 ans d'activité d'élevage. Il s'agit pour lui au départ de savoir ce qui constitue pour lui un prix"rémunérateur". Ne pas être producteur de matière première pour l'agro-alimentaire et la grande distribution mais bien garder la valeur ajouté sur la ferme.  En inventant un "nouveau métier " en vente directe il découvre aussi des contraintes en quantité de travail sans savoir comment forcément  fixer ses prix... L'action recherche est bien une pratique sociale de solidarité entre acheteur et vendeur.  Rien qui ne ressemble à un ordre naturel des choses fixant l'offre et la demande. 

Jean-Claude Balbot

Jean-Christophe Kroll, professeur d'économie à Agrosup Dijon, rappelle en effet qu'en agriculture, le paradigme du marché ne fonctionne pas. Cette démonstration date au moins des économistes qui entourent Roosevelt et qui l'amèneront à mettre en place des politiques de contrôle de l'offre et de soutien de la demande.  Cette instabilité permanente des marchés est d'ailleurs très coûteuse.  Elle disuade les investisseurs de s'engager dans des systèmes de production durable qui ne garantissent pas leurs prix. Pourtant des "fous" ont investi dans ces innovations,  paysans et acteurs économiques.  Leur militantisme ne semble pas partagé par la majorité...

J-C.Kroll

Marc Dufumier, agronome et président de la pfce, va plus loin encore en évoquant les "externalités négatives " qui font le prix injuste d'un produit pas cher au départ comme un litre de lait, mais qui au final reviennent fort cher a la collectivité (algues vertes, antibioresistance, effet de serre) en étant le produit d'une inégalité économique  (endettements des agriculteurs perte d'autonomie jusqu'au suicide parfois).

Un prix juste relève donc bien d'une intention humaniste qui questionne la nature destructrice ou créatrice de la production du bien ou du service. Un prix juste questionne les mécanismes de régulations macroéconomiques puisque Jean-Christophe Kroll nous rappelle, preuves à l'appui, que plus on pollue en agriculture plus on touche de subventions.

Un prix juste est aussi un moyen de relier les gens entre eux nous dit Amina Bécheur, chercheuse à l'institut de recherche en gestion, confirmant le questionnement du paysan chercheur. L'échange relationnel ou éthique nous sort de la transaction de court terme. On signifie dans la recherche du prix juste quelque chose sur la manière dont on conçoit l'autre. L'exploitation agricole en ce cas "fait société " surtout si les parties se placent dans une logique où chacun peut obtenir une capacité d'agir. Jean-claude Balbot montre toute l'intérêt et la complexité d'une approche où la transaction ne doit pas remettre en l'existence même du vendeur ni aller au-delà du prix d'existence de l'acheteur.

Amina Bécheur

Nayla Ajaltouni, coordonnatrice du collectif de l'Ethique sur l'étiquette, élargie encore le spectre en présentant les travaux des Ong et mouvements sociaux et syndicaux d'asie du sud est ou du Maghreb  qui entendent concrétiser la norme internationale (Oit) d'une rémunération juste et digne. Cette définition d'un panier de biens vitaux comprenant aussi les moyens de subsistance de long terme dans des pays dépourvus d'Etat providence aboutirait ainsi à un salaire de 250 euros par mois contre 48 aujourd'hui au Bangladesh pour une semaine de 48h de travail hebdomadaire contre parfois 120 actuellement. Intéressant de savoir par ailleurs que la marque H&M est le premier donneur d'ordre pour ce pays. Sommes-nous toujours conscient de l'état social de la production? Et si oui, concevons-nous forcément le travailleur comme une quantité négligeable dans notre désir de consommer de la mode pas chère? 

 Nayla Ajaltouni

Marc Dufumier revient sur cette dimension subjective, située de la définition du prix juste en référence à un panier de bien. L'exercice est indispensable,  et pour partie arbitraire, il faudra l'assumer. Assumer cette construction sociale et politique du prix dans toute sa complexité. Assumer aussi de redéfinir toutes les politiques économiques qui ne permettent pas aux paysans et travailleurs des pays du sud de vivre dignement. Savons- nous par exemple qu'il faut 200 fois plus d'heures de travail pour un kilo de riz piqué à la main par une paysanne au sud que pour une exploitation mécanisée de Camargue ou de l’Arkansas? Sans barrière protectionniste, la paysanne du sud doit accepter une rémunération 200 fois moindre pour le même kilo de riz. Il faut mettre fin aux marchés à terme et aux monopoles qui contrôlent ces échanges.

Nayla Ajaltouni rappelle que seules les multinationales échappent à une redevabilité juridique à la différence des Etats et des personnes. Le consensus est clair sur la nécessité d'une régulation renforcée et sur la nécessité de soutiens aux démarches innovantes par des contrats justifiant du paiement public de contreparties d'intérêt général comme la protection de l'environnement et la santé, la création d'emplois etc. Faut-il que ces contrats demeurent des subventions directes aux agriculteurs assurant ainsi un complètement de prix ou bien le déconnecter complètement de l'acte de production? 

Marc Dufumier plaide pour un renversement et le fléchage des aides Pac à la commande publique de produits de qualité et locaux. Le moyen de répondre,  par l'alimentation sociale, à la question du prix d'existence de l'acheteur sans remettre en cause le vendeur pour autant. Il répond plus précisément encore à la question du paysan chercheur qui aimerait bien connaître les consommateurs au-delà de la vente directe à la ferme. Toujours ce prix qui relie les gens entre eux.

Marc Dufumier

Ce prix "d'existence" est celui qui fait qu'on a une "bonne vie"pour Jean-Claude Balbot dès lors que l'on a pris la mesure des choses vitales pour soi et les autres. Patrick Viveret appelle la société civile à hausser le niveau d'exigence et d'ambition. Ce "peuple de la terre" doit penser les biens communs et les générations futures. Monter en qualité de conscience. Faire une citoyenneté mondiale autour des initiatives créatrices de vie qui existent partout.  Cette puissance créatrice citoyenne, c'est l'Eros contre la démesure (20 000 milliard de dollars dans les paradis fiscaux) et la destruction. Une "stratégie érotique mondiale" appelée de ses vœux le 11 décembre 2015.

pour voir le débat qui à suivi la table ronde: cliquez ici

mercredi 28 octobre 2015

Rapprocher Bio et ESS, c’est vital ! illustration pour des circuits courts d'économie sociale et solidaire

un édito du président du labo de l'économie sociale et solidaire (extrait)
Publié le 22 octobre 2015 
Edito Octobre d’Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS.
Le Labo de l’Ess est tout naturellement partenaire de la campagne de nos amis de la Fédération National de l’Agriculture biologique : "manger Bio local, c’est idéal". Nous partageons en effet complètement la conviction que l’agriculture bio est favorable à l’environnement, en maintenant la vitalité des sols et des eaux, au climat - en permettant le stockage du carbone - à l’économie de proximité - en localisant la valeur ajoutée et les emplois - à la santé - avec une utilisation bien moindre de résidus de pesticides... Tout cela fait partie de nos propres combats pour une conception plus durable de l’économie, à l’heure de la Cop21 à contrario du développement de l’agriculture de ces dernières décennies.

voir également les travaux du labo sur les circuits courts d'ESS:



Si les circuits courts sont surtout connus dans le secteur de l’alimentaire (définition du Ministère de l’Agriculture), notre définition, formulée à partir des initiatives du groupe de travail, ouvre cette forme d’échange économique dans de nombreuses autres filières : finance locale (voir par exemple SPEAR), culture (avec les AMACCA), habitat (par exemple la filière bois)…
Exemples illustrés sur la vidéo suivante :

Les circuits courts de l'Economie Sociale et Solidaire from Le Labo de l'ESS on Vimeo.

Les circuits courts constituent une véritable approche économique qui participe à l’économie plurielle actuelle, en connexion avec d’autres formes d’économie novatrices – économie collaborative, économie contributive, économie de la fonctionnalité… L’ensemble de ces approches constitue une véritable force pour dépasser les dérives de notre système actuel.

Comment démontrer la force transformatrice des circuits courts ? Peut-on développer des indicateurs capables de mesurer leurs impacts ? Un circuit court peut-il changer d’échelle sans perdre les valeurs fondatrices du projet ? Quelles propositions concrètes de développement des circuits courts ? Voilà les questions qui ont conduit le LABO à choisir les circuits courts comme l’un de ses quatre axes de travail, avec les PTCE, les outils financiers solidaires et le réinvestissement des banques sur les territoires.

Les circuits courts sont plus que jamais sous le feu de l’actualité, avec un appel à projets dans le cadre du PIA en 2014, un appel à projets vers les projets socialement innovants de l’économie locale et collaborative de la Région Ile de France mais aussi une présence médiatique et concrète de plus en plus importante.

Les travaux du LABO sur ce sujet sont multiples : animation d’un groupe de travail, publication de documents, participation à des colloques (lien vers RNET juin 2014), inscription dans d’autres groupes de travail (lien ADEME)… Nous souhaitons faciliter la compréhension et la démocratisation de cette approche économique, afin de multiplier leur prise en compte dans la transformation actuelle de l’économie.





Séminaire "Prix équitables : entre utopies et pratiques sur les territoires" - le 11 décembre 2015 à Paris

un colloque organisé par la PFCE, le réseau INPACT et la FNAB


jeudi 18 juin 2015

Une intuition


Rencontres professionnelles de l'Agence BIO du 9 juin 2015

Réduire les coûts dans l'introduction de produits bio en restauration collective? Le maire de la commune écologique de Langouët, Daniel Cueff, nous rappelle comment avec humanité et bon sens il est possible de créer une cantine 100% bio au cœur d'un territoire emblématique de l'agriculture intensive.

Assumer la fonction élective en refusant la démocratie participative qui aurait diluée l'intention de départ.  C'est théoriser et mettre en pratique une démocratie implicative sur la base d'une cantine 100% bio ou pas issue de la volonté des élus face aux électeurs. Concerner les gens. Dans l'omelette aux lardons, la poule est impliquée le cochon lui est concernée. ..

Un exemple clair de la construction d'une nouvelle économie "verte" qui touche aussi bien la production d'électricité que la decarbonisation de l'énergie communale avec une filière bois énergie.

Dès lors, l'intuition des élus est une économie qui s'invente pas à pas, au plus près des réalités de terrain et de la prise en compte des facteurs humains comme les enfants (que faire avec les leaders négatifs?) ou la cuisinière (tout ce qu'elle aurait fait avant ne serait pas reconnu?). S'appuyer sur le Gie du 35 et d'une approche collective des paysans bio, penser des menus végétariens, jouer sur la saisonnalité des productions végétales et animales,  éviter les gaspillages etc. 

Voir la vidéo


dimanche 19 avril 2015

une histoire de lait révolutionnaire

Assemblée générale de Biolait. Debat public des 20 ans, jeudi 16 avril 2015

600 personnes présentes pour ce débat organisé par Biolait pour ses vingts ans, la présence du vice président du conseil régional,  du député Yves Daniel et du sénateur Joël Labbé.



Marc Dufumier, président de la plate forme française du commerce équitable, est intervenu pour dire que cette "utopie" d'une filière bio qui remplacerait le conventionnel n’était pas une idée folle comme le dit le slogan de Biolait: "du bio partout et pour tous!". 145 millions de litres, 30% du marché et 1200 producteurs, 20 ans après les 6 fondateurs, l'entreprise est devenue un exemple du changement d'échelle attendue pour la bio. Non sans poser encore les questions fondamentales de la constitution du prix juste payé au producteur et des conditions des marges des intermédiaires jusqu'au consommateur. Un débat interne qui a fait l'histoire du collectif de producteur, de ses limites et des compromis actuels que sont venus rappeler quatre anciens présidents en tribune (le prix du cout de revient fonction de l'autonomie du système, le prix payé fonction des choix de mutualisation entre producteurs...).

Marc Dufumier a également posé la question de l'équitabilite de la filière du point de vue de l'accès des publics défavorisés aux produits bio. Il a souhaité que les pouvoirs publics s'engagent sur l'introduction de produits bio en restauration scolaire notamment. Il y a urgence a t-il dit à nourrir les générations futures avec des produits exempts de pesticides et de perturbateurs endocriniens. Il a proposé que la politique agricole commune puisse rémunérer les services d'intérêt général rendus par les agriculteurs même conventionnels des lors que leurs pratiques produisent effectivement des services pour la biodiversité et la protection de l'environnement.


Stéphanie Pageot, présidente de la Fnab (ci-dessus en photo),  a rappelé que c’était précisément l'objet de la mobilisation du 17 mars dernier sur l'aide "maintien"; pour elle, les producteurs de Biolait portent bien ce rêve initial d'une organisation collective de production à même de pouvoir maitriser une partie de la filière dans la durée. En ce sens, le développement de la bio passe par des organisations économiques qui croient à la bio, c'est-à-dire qui développent des volumes pour développer des marchés. Une stratégie payante quand la demande est là,  plus risquée quand il faut trouver de nouveaux clients (et c'est dans une situation de risque qu'on mesure l'engagement...). C'est là que se joue notamment l'accompagnement des cédants et des porteurs de projets pour assurer la relève, ou encore la possibilité de soutenir les conversions des fermes laitières.

A ce titre, Marc Dufumier émettra aussi l'hypothèse d'une demande de bio soutenue par les récentes affaires de viande de bœuf qui n'en n’était pas... Il a fait rire l'assistance en se souvenant que le pouvoir d'achat des asiatiques les avaient rendus tolérants au lait... Mais que ce mirage de la poudre de lait devait se dissiper dès lors qu'on constatait l'ampleur des fermes usines ailleurs dans le monde et les investissements concurrentiels des industriels chinois en Europe. Nous ne serons jamais compétitif sur des productions tout venante. De la qualité et du local bio pour nourrir les villes. Quid de l'accessibilité? Changer radicalement l'économie pour que tout le monde puisse en vivre répondra t-il.

Un programme d'utopie réformatrice assumé et fort apprécié par les producteurs "rêveurs" de Biolait, fiers semble t-il des réalités qu' ils ont construit ensemble en 20 ans.

>> retrouvez notre lettres filières "lait": http://www.fnab.org/images/files/actions/filieres/lettresfilieres/lf03_lait.pdf